RE2020 et seuils carbone : nouvelles normes environnementales pour les professionnels du bâtiment
La RE2020 marque un tournant pour le secteur du bâtiment. Désormais, la performance d’un bâtiment ne se mesure plus seulement à ses consommations d’énergie, mais aussi à son empreinte carbone, depuis la fabrication des matériaux jusqu’à son exploitation. Nouveaux indicateurs, seuils carbone renforcés, calendrier progressif jusqu’en 2031… On fait le point sur ce que la RE2020 change concrètement pour les professionnels du bâtiment !
Sommaire
📖 Résumé :
- La RE2020 remplace la RT 2012 en élargissant l’évaluation des bâtiments neufs à l’énergie, au carbone et au confort d’été, grâce notamment à l’introduction de l’analyse du cycle de vie (ACV) sur 50 ans.
- Deux indicateurs carbone structurent désormais la réglementation : l’Ic construction, qui mesure le carbone des matériaux et du chantier, et l’Ic énergie, qui évalue les émissions liées aux consommations d’énergie en phase d’exploitation.
- Les seuils carbone se durcissent progressivement entre 2022 et 2031, selon les typologies de bâtiments, afin de réduire l’empreinte carbone du secteur tout en laissant le temps aux professionnels de s’adapter.
Retour sur la RE2020 : une réglementation environnementale, pas seulement énergétique
Pendant près de dix ans, la RT 2012 a structuré la conception des bâtiments neufs autour d’un objectif central : réduire un maximum les consommations d’énergie. En somme, la réglementation imposait de mieux isoler, de limiter les besoins et d’optimiser les systèmes avec un indicateur phare, le Cep.
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C’est quoi le Cep ? Le Cep, ou coefficient d’énergie primaire, correspond à la consommation d’énergie d’un bâtiment, calculée selon quelques règles. Il additionne les besoins liés au chauffage, à l’eau chaude, au refroidissement ou encore à l’éclairage, puis les rapporte au m² et à l’année. |
De la RT 2012 à la RE2020 : un changement de logique
Pendant des années, la RT 2012 a donc guidé la conception des bâtiments neufs avec une question centrale : « combien d’énergie le bâtiment consommera-t-il une fois livré ? » L’effort portait avant tout sur l’isolation, les besoins énergétiques et le rendement des équipements.
Avec la RE2020, le raisonnement s’élargit un poil. Il ne s’agit plus seulement de regarder ce que le bâtiment consomme au quotidien, mais aussi ce qu’il émet sur l’ensemble de son cycle de vie, depuis la fabrication des matériaux jusqu’à la fin de vie de l’ouvrage. Si on résume :
- RT 2012 = énergie
- RE2020 = énergie + carbone + confort d’été
Autrement dit, la performance énergétique reste indispensable, mais elle ne suffit plus. Un bâtiment peut afficher de très bons résultats en consommation d’énergie tout en ayant un impact carbone important dès la phase de construction, en raison du choix des matériaux, des équipements techniques ou même des modalités de chantier.
La RE2020 vise donc à rééquilibrer l’analyse, en traitant le carbone comme un critère réglementaire à part entière, au même titre que l’énergie ou le confort. C’est ce changement de logique qui explique l’introduction des indicateurs carbone (on va y revenir, pas d’inquiétude) et le durcissement progressif des seuils dans les années à venir (ça aussi 😉).
L’introduction de l’analyse du cycle de vie (ACV)
On passe maintenant aux choses sérieuses, puisque c’est là qu’intervient la grande nouveauté de la RE2020 : l’analyse du cycle de vie (ACV), désormais intégrée au calcul réglementaire.
Pour la première fois, une réglementation française impose d’évaluer les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’un bâtiment depuis l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie, sur une période conventionnelle de 50 ans. Concrètement, cela signifie que sont désormais pris en compte :
- Les produits de construction et les équipements ;
- Le chantier ;
- Les consommations d’énergie en phase d’exploitation,
- La maintenance, le remplacement des composants et la fin de vie.
La RE2020 se concentre sur un indicateur environnemental principal qui est l’impact sur le changement climatique, exprimé en kg de CO₂ équivalent par m². Cette approche permet de comparer des solutions techniques très différentes sur une base commune.
« Il s’agit de la première réglementation française, et une des premières mondiales, à introduire la performance environnementale dans la construction neuve via l’analyse en cycle de vie¹. »
Pour les professionnels, le message est le suivant : la performance d’un bâtiment ne se juge plus uniquement à sa facture énergétique, mais aussi à son empreinte carbone, dès la conception. C’est ce changement de logique qui structure l’ensemble des nouveaux seuils et explique leur renforcement progressif dans le temps !
RE2020 : les deux indicateurs carbone à connaître absolument
La RE2020 repose sur l’évaluation de six indicateurs réglementaires, qui couverent donc désormais l’énergie, le carbone et le confort d’été. Depuis 2025, deux indicateurs supplémentaires sont donc apparus et ils sont indiqués en bleu juste ici 👇
Source : Guide RE2020
Eh oui, ce sont ces deux indicateurs carbone complémentaires, qui structurent désormais la conception des bâtiments neufs. Ils tendent à distinguer ce qui relève de la construction et ce qui relève du fonctionnement du bâtiment. Mais voyons ça de plus près…
Ic construction : le carbone des matériaux et du chantier
L’Ic construction mesure les émissions de gaz à effet de serre liées aux produits de construction, aux équipements (gros œuvre, second œuvre, lots techniques, etc.) et au chantier (mise en œuvre, consommations associées).
Cet indicateur couvre donc tout ce qui est émis avant même que le bâtiment ne soit occupé, puisqu’une part importante de l’empreinte carbone d’un bâtiment est déjà « engagée » le jour de sa livraison. C’est pourquoi l’Ic construction agit directement sur :
- Le choix des matériaux ;
- Les quantités mises en œuvre ;
- La durabilité des produits ;
- Le recours à des solutions bas carbone ou au réemploi.
Exprimé en kg de CO₂ équivalent par m², cet indicateur est encadré par des seuils réglementaires à respecter. Et ces seuils sont appelés à se renforcer progressivement. Entre 2022 et 2031, la valeur maximale de l’Ic construction diminuera d’environ 35 %, selon le type de bâtiment, avec des étapes intermédiaires tous les trois ans².
Ic énergie : le carbone des consommations sur la durée de vie du bâtiment
L’Ic énergie mesure, quant à lui, les émissions de CO₂ liées aux consommations d’énergie pendant la phase d’exploitation, sur une durée conventionnelle de 50 ans. Il dépend principalement :
- Des systèmes de chauffage, de production d’eau chaude, de refroidissement ;
- Du mix énergétique utilisé (électricité, gaz, réseau de chaleur, bois, etc.),
- Et de l’efficacité globale du bâtiment.
L’Ic énergie prolonge la logique de transition énergétique des précédentes réglementations, mais en y ajoutant une dimension essentielle : toutes les énergies ne se valent pas du point de vue carbone.
Comme pour l’Ic construction, l’Ic énergie est encadré par des seuils réglementaires à respecter. Il est exprimé en kg de CO₂ équivalent par m². Ces seuils se durcissent progressivement et conduisent, selon les typologies de bâtiments, à une réduction puis à une quasi-disparition des énergies fossiles dans les constructions neuves, entre 2022 et 2028².
Le saviez-vous ?
Les composants du bâtiment (matériaux, équipements) et les énergies consommées en phase d’exploitation concentrent, à eux seuls, environ 90 % de l’impact total d’un bâtiment sur le changement climatique². D’où la nécessité d’introduire ces nouveaux indicateurs dans les normes de construction !
RE2020 : bâtiments concernés et calendrier de mise en œuvre des seuils carbone
Le truc avec la RE2020, c’est qu’elle ne s’applique pas de la même manière à tous les bâtiments, ni au même rythme. Les exigences carbone ont été pensées pour monter progressivement en puissance, selon les typologies de constructions, afin de tenir compte des réalités techniques et économiques de la filière. Un pas après l’autre.
Des bâtiments concernés par étapes
Le champ d’application de la RE2020 est proche de celui de la RT 2012, mais son déploiement s’est fait par vagues successives :
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Date d’entrée en application |
Typologies de bâtiments concernés |
|
Depuis 2022 |
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Depuis 2023 |
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|
À terme |
Bâtiments tertiaires spécifiques : commerces, hôtels, gymnases…(selon des modalités et un calendrier propres) |
Un calendrier progressif jusqu’en 2031
Les seuils carbone associés aux indicateurs Ic construction et Ic énergie évoluent également par paliers. Cette trajectoire permet de réduire progressivement l’empreinte carbone des bâtiments neufs, sans imposer de rupture brutale dans les modes constructifs.
Évolution des seuils carbone de l’Ic construction (valeurs maximales moyennes)²
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Typologie de bâtiment |
2022 |
2025 |
2028 |
2031 |
|
Maisons individuelles ou accolées |
640 |
530 |
475 |
415 |
|
Logements collectifs |
740 |
650 |
580 |
490 |
|
Bureaux |
980 |
810 |
710 |
600 |
|
Enseignement primaire ou secondaire |
900 |
770 |
680 |
590 |
Valeurs exprimées en kg de CO₂ équivalent par m².
Entre 2022 et 2031, les seuils de l’Ic construction baissent d’environ 30 à 35 %, selon les typologies de bâtiments.
Et pour l’Ic énergie ?
Le durcissement des seuils Ic énergie est plus concentré dans le temps, principalement entre 2022 et 2028. Il vise à réduire progressivement le recours aux énergies fossiles, en favorisant des solutions énergétiques moins carbonées, sans imposer de technologie unique.
Évolution des seuils Ic énergie (valeurs maximales moyennes)²
|
Typologie de bâtiment |
2022 |
2025 |
2028 |
|
Maisons individuelles ou accolées raccordées à un réseau de chaleur urbain |
200 |
200 |
160 |
|
Maisons individuelles ou accolées – autres cas |
160 |
160 |
160 |
|
Logements collectifs raccordés à un réseau de chaleur urbain |
560 |
320 |
260 |
|
Logements collectifs – autres cas |
560 |
260 |
260 |
|
Bureaux raccordés à un réseau de chaleur urbain |
280 |
200 |
195 |
|
Bureaux – autres cas |
200 |
200 |
200 |
|
Enseignement primaire ou secondaire raccordé à un réseau de chaleur urbain |
240 |
190 |
140 |
|
Enseignement primaire ou secondaire – autres cas |
240 |
140 |
140 |
Valeurs exprimées en kg de CO₂ équivalent par m².
RE2020 : concrètement, qu’est-ce que ça change ?
Derrière les indicateurs et les tableaux de seuils, la RE2020 change surtout la façon de penser un projet de construction. Elle oblige à regarder le bâtiment dans son ensemble, depuis le choix des matériaux jusqu’à son mode de fonctionnement, sur le long terme. Et tout ça, ça implique évidemment quelques ajustements…
Penser le carbone dès la conception
Avec la RE2020, les décisions prises très tôt dans le projet deviennent déterminantes. Un bâtiment performant sur le plan énergétique peut désormais être pénalisé s’il mobilise des matériaux ou des équipements très émetteurs de CO₂. La réflexion ne porte donc plus uniquement sur l’isolation ou les systèmes, mais aussi sur la structure, l’enveloppe, les quantités de matière et la compacité du bâti.
Des matériaux qui pèsent davantage dans la balance
Le poids carbone des matériaux devient un véritable sujet de conception. La réglementation pousse ainsi les constructeurs à :
- Limiter les quantités de matière ;
- Privilégier des matériaux et équipements à plus faible empreinte carbone,
- Et raisonner sur la durée de vie des produits, leur remplacement et, le cas échéant, le réemploi.
Et plus concrètement, comment ça peut bien se traduire sur une construction ? Eh bien, cela peut signifie :
- Des structures mixtes (bois-béton, bois-acier) ;
- Le recours à des bétons bas carbone ;
- L’utilisation de matériaux biosourcés pour l’isolation (bois, ouate de cellulose, chanvre, lin, liège…) ;
- Des solutions de réemploi ou de produits issus du recyclage.
Sans exclure un matériau en particulier, la RE2020 incite à mieux dimensionner les ouvrages, à limiter les surépaisseurs inutiles et à privilégier des produits durables, dont la longévité est cohérente avec la durée de vie du bâtiment.
Des systèmes énergétiques de plus en plus sobres
Sur le plan énergétique, la RE2020 accélère la réduction progressive des énergies fossiles dans les constructions neuves. Le respect des seuils Ic énergie favorise naturellement les solutions peu carbonées comme :
- Les pompes à chaleur ;
- Les réseaux de chaleur de plus en plus décarbonés,
- Les systèmes thermodynamiques performants,
- Et le recours accru aux énergies renouvelables.
Il ne s’agit pas d’une interdiction stricte, mais d’un cadre qui oriente très nettement les choix techniques vers des solutions compatibles avec les objectifs climatiques.
Plus de données, plus de coordination
Enfin, la RE2020 implique une montée en exigence sur les données techniques et environnementales. Les quantités, les fiches FDES et PEP, la cohérence entre les lots et la précision des métrés deviennent essentielles. La coordination entre maîtres d’ouvrage, concepteurs, bureaux d’études et entreprises prend une place centrale pour sécuriser les projets³.
Si on résume, avec la RE2020, le carbone n’est plus un sujet annexe ou « bonus », mais un véritable critère structurant de la construction, au même titre que l’énergie ou le confort des occupants. Objectif ? La maison écologique du 21ème siècle !
Sources
¹Ministère de la Transition écologique – Réglementation environnementale RE2020 : principes et cadre général
²Fédération Française du Bâtiment (FFB) – Quels sont les deux indicateurs carbone de la RE2020 ?
³Carbo – RE2020 : exigences, seuils carbone et impacts pour le secteur du bâtiment
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