Écologie et JO 2026 : entre promesses de durabilité et réalité climatique, le bilan complet

Cet hiver, alors que le monde entier est tourné vers les Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026, les questions environnementales se bousculent. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la piste est glissante. Si Paris 2024 avait apporté un nouveau souffle avec des jeux jugés plus durables, qu’en est-il dans les Alpes italiennes ? Quel est le poids et l’empreinte carbone de ces JO voulus durables dans la balance énergétique ? Quelles solutions sont mises en place pour des jeux plus écologiques et cela est-il suffisant ? En piste pour le décryptage.

Sommaire

📖  Résumé : 

  • Les JO d’hiver de Milan-Cortina 2026 affichent un bilan carbone estimé à 930 000 tCO2e (hors sponsoring) selon le rapport 2026 de Scientists for Global Responsibility, dont 414 000 tCO2e liés aux transports des spectateurs (41 %), avec un impact estimé à 14 millions de tonnes de glace perdues.
  • Présentés comme « les Jeux les plus durables de l’histoire », ils reposent sur 85 % de sites existants, la réversibilité des infrastructures et une électricité couverte par des garanties d’origine (GO), permettant d’éviter entre 130 000 et 310 000 tCO2e.
  • Malgré ces efforts, les transports (hausse de 160 % du trafic aérien, 7 sites répartis sur 22 000 km2) et l’usage de 700 000 m3 d’eau pour produire 1,6 million m3 de neige artificielle illustrent les limites écologiques du modèle.

Le bilan carbone des JO 2026 de Milan Cortina

Entrons dans le vif du sujet en regardant le bilan carbone estimé de ces Jeux olympiques d’hiver en Italie.

Le saviez-vous ?

Le bilan carbone est une méthode pour comptabiliser toutes les émissions de gaz à effet de serre d’une organisation et est définie par l’ADEME (l’agence de la transition écologique du gouvernement)  2. Le résultat est généralement donné en kg ou en tonne équivalent CO2 qui se traduit par : tCO2e ou tCO2eq.

Au total, 930 000 tonnes d’équivalent C02 (tCO2e) seront engendrées sur les JO 2026 dont 410 000 tCO2e imputés uniquement aux déplacements des spectateurs.

Répartition de l’empreinte totale estimée :

Catégorie d’émissions

Tonnes CO₂eq

% du total

Construction d’infrastructures permanentes

290 000

29%

Opérations et planification

227 000

30%

Transports des spectateurs

414 000

41 %

Total estimé

930 000 tCO₂eq

100 %

Le total des émissions de gaz à effet de serre (GES) causera la perte de 14 millions de tonnes de glace soit 2,3 km2 de couverture neigeuse. Un élément jugé catastrophique pour une compétition qui dépend de cette même neige.

❓D’où viennent ces chiffres et que prennent-ils en compte ? 

Les chiffres ci-dessus sont issus du rapport publié en janvier 2026 par Stuart Parkinson et Andrew Simms de l’association “Scientists for Global Responsibility » (SGR) 1. L’organisation indépendante regroupe scientifiques et ingénieurs notamment, et est affiliée au réseau international pour la responsabilité mondiale. Le rapport évalue la totalité des émissions de gaz à effet de serre, à la fois directes et indirectes, des Jeux olympiques d’hiver. Seules des données officielles des JO 2026 ont été prises en compte.

Et ces chiffres impressionnants ne prennent pas en compte les émissions liées à l’impact du sponsoring. Ce soutien à l’événement, apporté par une entreprise dans le but de promouvoir son image, engendrerait également des répercussions sur l’environnement liées aux ventes additionnelles de ces partenaires*. Pour aller plus loin donc, les scientifiques ont évalué les GES liées au seul impact du sponsoring, c’est à dire aux conséquences de la production supplémentaire nécessaire par les entreprises. Comprenez qu’il s’agit ici d’estimer l’impact sur l’environnement de la production des ventes induites par la visibilité du sponsoring de ces entreprises.

La note s’avérerait alors salée, avec pour les JO 2026 de Milan-Cortina : une estimation à 1,3 million de tCO2e avec seulement 3 sponsors, soit 40% de plus que l’estimation globale des Jeux.

*Pour l’Advertising Association (basée au Royaume-Uni) chaque livre sterling dépensée en sponsoring amène une production économique supplémentaire de 629 livres sterling à son tour responsable d’émissions de GES.

Et la compensation carbone dans tout ça nous direz-vous ?

Les émissions de carbone incompressibles peuvent être compenser volontairement à travers le soutien à des projets économes en GES. Le plus souvent, il s’agit de projets menés dans des pays en voie de développement pour apporter des bénéfices socio-économiques aux populations locales, plus susceptibles d’être touchées par les conséquences des changements climatiques. Ces projets peuvent aussi être conduits dans des pays industrialisés comme la France et son alors validés par l’État 2. Dans le cadre des Jeux olympiques 2026 de Cortina, le CIO a pour objectif de « compenser plus de 100% de [ses] émissions résiduelles ». Cette compensation, certes discutable et jugée par certains comme du greenwashing, n’est pas prise en compte dans les calculs de GES.

On se demanderait ainsi presque si le sport et l’écologie peuvent vraiment matcher.

Des Jeux Olympiques présentés comme durables

Pour beaucoup, les JO de Paris 2024 avaient placé la barre très haute. Dans la même lignée, Milan-Cortina 2026 a affiché clairement son ambition de réaliser « les Jeux les plus durables de l’histoire ». Zoomons sur la politique du CIO en matière de durabilité.

La minimisation des constructions et réversibilité des sites

Sur les Jeux Olympiques d’hiver 2026, 85 % des sites de compétition étaient existants3, l’un des taux les plus hauts de l’histoire des Jeux. Parmi les constructions réalisées, l’accent a été mis sur la réversibilité des sites comme avec le village olympique à Porta-Romana qui deviendra une résidence étudiante. 

La réversibilité des sites, c’est quoi ?

C’est la capacité d’une infrastructure à être transformée ou démantelée après les Jeux pour éviter des installations inutilisées (les fameux « éléphants blancs »). Il s’agit d’un levier d’économie circulaire car il limite la consommation de nouvelles ressources, encourage le recyclage des matériaux et réduit les impacts futurs liés à des installations obsolètes.

Résultats ⚖️ 

Grâce à ce principe, les émissions liées aux infrastructures ont largement diminué. Une baisse significative de 60 % est ainsi notée au cours des trois dernières éditions des Jeux olympiques d’hiver. Les chiffres passent de 731 000 tCO2e à Pyeongchang en 2018 à 290 000 tCO2e à Milan-Cortina. Cela constitue la réduction la plus importante en termes d’émission de GES. Éviter de nouvelles constructions a permis d’économiser entre 350 000 et 720 000 tonnes d’équivalent CO2. Une évolution de taille qui mérite d’être soulignée.

Bon, on ne reviendra pas ici sur la polémique de la (trop) fameuse piste de bobsleigh olympique de Cortina qui a vu son coût financier explosé et ses lourdes conséquences écologique pointées du doigt 🤫

Le saviez-vous ?

Un bâtiment certifié NZEB (Nearly Zero Energy Building) consomme peu d’énergie notamment grâce à une production locale d’énergie renouvelable. Pour les sites olympiques, ce standard permet de réduire significativement les consommations durant la période d’exploitation, améliorant le bilan énergétique et climatique global des installations.

L’utilisation d’une énergie propre

Les organisateurs cherchent à couvrir les besoins en électricité des JO d’hiver par des sources renouvelables certifiées par les garanties d’origine (GO). Ainsi, le Comité International Olympique (CIO) indique que tous les sites de compétition sont alimentés par une électricité issue de sources renouvelables.

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La garantie d’origine (GO), qu’est-ce-que c’est ?

Une garantie d’origine (GO) est un certificat électronique qui atteste au client final qu’une quantité déterminée équivalente de l’énergie fournie a été produite par une source renouvelable (éolien, solaire, hydraulique) et réinjectée sur le réseau électrique.

Le Comité International Olympique (CIO) cite également : 

  • les générateurs temporaires ou groupes électrogènes qui ne seraient utilisés qu’en solution de secours et qui fonctionnent au biocarburant tout comme la plupart des dameuses ;
  • la flamme olympique alimentée par une source renouvelable : du biogaz liquéfié ; 
  • les médailles, quant à elles, sont composées d’un métal recyclé et fondu, grâce à des énergies renouvelables.

Résultats ⚖️  

La consommation d’énergies renouvelables, couplée à la conception de bâtiments économes en énergie avec des matériaux à faible empreinte carbone ont évité entre 130 000 et 310 000 tonnes d’équivalent CO2.

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Transports et neige artificielle : ça coince pour l’empreinte carbone  

Parmi les éléments pointés du doigt, il y a ce paradoxe : l’organisation de cet événement XXL contribue fortement aux GES responsables du réchauffement climatique. Cela, malgré  la grande vulnérabilité des sports d’hiver face aux changements climatiques.

Les transports des spectateurs : le nerf des Jeux

Bien que le CIO annonce des transports bas carbone mis en place sur l’événement (lignes ferroviaires, navettes électriques), le seul chiffre émanant des GES liés aux transports fait frissonner.

Annoncés comme les jeux les plus écologiques de l’histoire, Milan-Cortina 2026 se déroulent sur 7 sites répartis sur une zone de 22 000 km2 dans le pays. Le parti pris de cette solution est louable : minimiser le nombre d’infrastructures à construire. Si le raisonnement est vertueux, le problème des déplacements se pose pour les visiteurs. À cela vient s’ajouter une hausse de 160% du trafic aérien durant la seule période des Jeux. Au total, on le rappelle :

➡️ Transports des spectateurs pour les JO = 414 tonnes d’équivalent de CO2 soit 40% du bilan carbone total des Jeux ✈️ Et ce, malgré la baisse de 20 % de voitures estimée selon le plan de mobilité bas carbone des organisateurs par rapport aux JO de Turin en 2006.

Alors avec ce gros point noir des transports qui plombent clairement les chiffres, beaucoup se posent la question : les Jeux en valent-ils vraiment la chandelle ?

Neige artificielle : des conséquences qui font froid dans le dos

En 2026, 100 % des jeux olympiques hivernaux se déroulent sur une neige artificielle, tout comme lors des coupes et championnats du monde chaque année (les fédérations imposant des qualités de neige très spécifiques).

➡️ C’est ainsi que 700 000 m3 d’eau sont utilisés d’après le CIO pour produire 1,6 million m3 de neige artificielle soit l’équivalent de 640 piscines olympiques (2 500 m3) 💧

L’enneigement artificiel impose 3 conditions : 

  • Du froid 🧊 ;
  • De l’électricité (environ 2,65 kWh par m3 en 2021 pour les enneigeurs selon France Nature Environnement 4) ⚡ ;
  • De l’eau, qu’il faut pomper dans les rivières car les bassins dédiés à la récupération d’eau de pluie ne suffisent pas 🌧️.

Résultat ⚖️

Perturbation de l’écosystème et utilisation d’une ressource en eau déjà sous tension ⚠️

Alors, le ski et l’écologie : l’alliance ne paraît pas flagrante…

Comparaison avec les précédents JO

Organisés deux ans avant Milan-Cortina, les Jeux de Paris 2024 ont été salués comme une édition parmi les plus sobres en émissions de ces dernières décennies. Le bilan carbone a été évalué à 2,085 millions de tCO₂eq selon les données officielles du Commissariat général au développement durable  5. Son empreinte carbone est proche de celle des jeux de Tokyo 2020 (2,4 millions de tonnes) tenus en plein Covid et donc, sans spectateurs étrangers.

Tableau comparatif des derniers Jeux olympiques des données officielles concernant leur impact en GES (chiffres issus du rapport de SGR et du bilan officiel de Paris 2024) :

Critères

Milan Cortina 2026

Paris 2024

Beijing 2022

Pyeongchang 2018

Émissions totales de GES (en tCO₂-eq, hors sponsoring)

931 000 tCO₂e estimées

2 085 000 tCO₂e

714 000

1 200 000

Part des émissions venant du transport des voyageurs

414 000

1 355 000

7 000

340 000

Émissions de GES liées aux infrastructures

290 000 estimés

389 000

447 000

731 000

Part de constructions déjà existantes

85 % estimés selon le CIO

95 % selon bilan COJO (comité d’organisation des JO) 

Le bilan carbone français, bien que supérieur à celui estimé pour Milan-Cortina 2026, s’explique en partie par une plus grande affluence liée aux Jeux d’été. À Paris, environ 65 % de ce bilan provenait des déplacements des spectateurs et des délégations malgré un recours presque total à des sites déjà existants ou temporaires.

Les choix d’utilisation d’infrastructures existantes et du transport des voyageurs ont un impact significatif sur l’empreinte climatique d’un événement. Cela, même si le contexte sportif et logistique évolue d’une édition à l’autre.

Pour la toute première fois également, l’intégralité des Jeux Olympiques français avait été alimenté en électricité via le réseau public de distribution, sans recours programmé aux groupes électrogènes 7.

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Quels sont les leviers clés pour renverser le jeu ?

Le bilan montre que les Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 s’efforcent de conjuguer exigences sportives et ambitions climatiques.

Pourtant, entre les émissions liées aux transports, les défis de la neige artificielle et les limites des démarches de compensation, l’écologie reste un chantier d’ampleur.

Le CIO estime que d’ici 2040, seuls une dizaine de pays seraient encore en mesure d’accueillir ces jeux 8.

Du côté des Scientists for Global Responsibility, les principales actions entreprises, ou susceptibles de l’être, par les organisateurs pour réduire cette pollution seraient : 

  • La fin des sponsors à forte empreinte carbone pour économiser plus de 1 million de tonnes d’équivalent CO2 ;
  • La limitation du transport aérien pour avoir un impact significatif sur les 410 000 tCO2e qui découlent des déplacements des spectateurs.

Plusieurs pistes semblent encourager à une réflexion autour du format des Jeux tels que nous les connaissons aujourd’hui. Chaque édition permet de tirer des enseignements disent les organisateurs. Qu’en sera-t-il des JO 2030 dans nos Alpes françaises ?

FAQ

Comment les JO 2026 sont-ils alimentés en électricité ?

Les organisateurs cherchent à couvrir les besoins en électricité des JO par des sources renouvelables certifiées par les garanties d’origine (GO). Ainsi, le Comité International Olympique indique que tous les sites de compétition sont alimentés par une électricité issue de sources renouvelables.

Pourquoi la neige artificielle pose-t-elle un problème écologique ?

La production de neige de culture ou neige artificielle mobilise de grandes quantités d’eau, contribuant au stress hydrique (période critique où les ressources en eau sont inférieures à la demande). Fabriquer de la neige technique consomme aussi de l’électricité nécessaire aux enneigeurs ou canons à neige.

Qu'est-ce que le label LEED Gold appliqué aux bâtiments olympiques ?

La certification internationale LEED Gold permet de garantir qu’un bâtiment intègre des critères environnementaux stricts comme l’efficacité énergétique, la gestion de l’eau, l’utilisation de matériaux durables. Ce label contribue ainsi à réduire l’impact global des infrastructures utilisées pendant les JO.

1 SGR – Olympics Torched – How the Winter Olympics being a platform for polluters is melting the snow it depends on

2 INFCC Info Contribution Neutralité Carbone – comprendre la contribution carbone

3 Comité International Olympique – Durabilité, impact, héritage

4 FNE Auvergne-Rhône-Alpes (France Nature Environnement) – Note pédagogique neige artificielle 

5 Commissariat général au développement durable – Jeux Olympiques de Paris 2024 : un bilan carbone plus sobre que les éditions précédentes

6 Le Monde de l’énergie – Tokyo 2020 : les Jeux olympiques sont aussi écologiques

7 Enedis – 100% des chantiers d’Enedis sont livrés en vue des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024

8 Geo – JO d’hiver 2026 : un rapport alerte sur les émissions de gaz à effet de serre des Jeux de Milan 

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