L'acidification des océans : causes, conséquences et solutions
On associe souvent le CO2 aux canicules et aux glaciers qui reculent… beaucoup moins à l’eau de mer. Pourtant, l’océan absorbe une part considérable de nos émissions, et ce service rendu a un effet secondaire : en se dissolvant, le CO2 change la chimie de l’eau. C’est l’acidification des océans, que les chercheurs du CNRS appellent “l’autre problème du CO2”¹. Moins visible que le réchauffement, elle n’en est pas moins préoccupante : elle touche les coraux, les coquillages et tous les êtres vivants qui en dépendent. On vous explique ce qui se passe, ce que disent les scientifiques et comment votre énergie s’y rattache.
- Sarah Nedjar
- Publié le
- Mise à jour le 26/10/2026
Sommaire
À retenir
L’acidification des océans est due au CO2 absorbé par l’eau de mer, qui fait baisser le pH et fragilise les organismes marins calcifiants ; depuis l’ère industrielle, l’acidité a augmenté d’environ 30 %.
En 2025, l’acidification des océans est devenue la septième des neuf limites planétaires dépassées, et les projections pour 2100 varient selon les émissions, avec une hausse d’acidité estimée à environ 45 % dans le scénario le moins émetteur et 175 % dans le plus émetteur.
Pour limiter ce phénomène, il est essentiel de réduire les émissions de CO2 en consommant moins d’énergie, en améliorant l’isolation, en régulant le chauffage et en privilégiant des systèmes de chauffage et des énergies moins carbonés.
L’acidification des océans : en bref
L’océan est un puit de carbone
L’océan est un immense puits de carbone (stocks de carbone) : il capte une partie du CO2 (dioxyde de carbone anthropique) que nous émettons, au même titre que les forêts. Depuis les années 1980, il en a ainsi absorbé entre 20 et 30 %¹. Sans lui, il y aurait donc beaucoup plus de CO2 dans l’atmosphère. Le problème, c’est qu’une fois dissous dans l’eau, ce gaz réagit, et pas forcément comme on le voudrait.
Ce qui se passe quand le CO2 se dissout
Le CO2 forme de l’acide carbonique, qui libère à son tour des ions hydrogènes (H+). Ce sont eux qui font l’acidité d’une solution : plus ils sont nombreux, plus le pH baisse. Ces ions se lient ensuite aux ions carbonates présents dans l’eau, qui deviennent plus rares.
Le problème ? Les ions carbonates sont les “briques” avec lesquelles coraux, huîtres, oursins ou certains planctons construisent leur coquille ou leur squelette calcaire. Donc, moins il y’a de brique, plus il est difficile pour ces organismes de se constituer ! Résultat : les récifs coralliens sont fragilisés.
Quel est le PH des océans actuellement ?
Quand on parle d’acidification des océans, on ne veut pas dire que l’océan se transforme en bain d’acide. Son PH tourne autour de 8,1, ce qui est légèrement basique.
Or, depuis le début de l’ère industrielle, le pH moyen des eaux de surface est passé d’environ 8,2 à 8,1. Cela représente une acidité en hausse d’environ 30 % selon le CNRS¹, un ordre de grandeur confirmé par l’Agence européenne pour l’environnement³.
Pourquoi 0,1 point de pH, ça compte ?
Le pH fonctionne un peu comme l’échelle de Richter pour les séismes. Elle est logarithmique (l’inverse de l’exponentiation). Quand le pH de l’eau baisse d’une unité, la concentration en ions H+ est multipliée par 10. Une baisse de 0,1 point, en apparence minuscule, correspond donc à environ 26 % d’acidité en plus, un chiffre que la littérature arrondit souvent à 30 %. Ce n’est pas rien !
Quelles conséquences pour la vie marine ?
Des récifs coralliens fragilisés
On l’a dit plus haut : les organismes calcifiants (coquillages, coraux) sont les premiers touchés : quand les ions carbonates se raréfient, fabriquer du calcaire demande plus d’énergie¹. Et quand les coraux vont mal, c’est tous les écosystèmes marins qui en pâtissent. Les récifs coralliens couvrent en effet moins de 1 % de la surface des océans, mais ils abritent un tiers des espèces marines connues⁴. La Nouvelle-Calédonie en est un bel exemple : sa barrière de corail, l’une des plus longues du monde, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le saviez-vous ?
blanchissement et acidification, ce n’est pas la même chose. Quand l’eau devient trop chaude, les coraux expulsent les algues du phytoplancton microscopiques qui vivent dans leurs tissus et leur donnent leur couleur. Ils blanchissent et, privés de ces algues qui les nourrissent, s’affaiblissent. L’acidification, elle, ralentit la construction de leur squelette calcaire. Deux mécanismes distincts, mais une même origine : le dioxyde de carbone.
Plusieurs pressions à la fois
Ce n’est pas tout. Le GIEC décrit un océan qui se réchauffe, s’acidifie et perd de l’oxygène en même temps, avec des conditions sans précédent attendues au XXIe siècle². Eh oui ! Un organisme déjà stressé par la chaleur résiste moins bien à une eau plus acide et une eau plus acide stocke moins bien le carbone.
C’est le serpent qui se mord la queue !
Les 9 limites planétaires et l’acidification des océans
Le cadre des neuf limites planétaires fixe pour chaque grand équilibre terrestre un seuil à ne pas dépasser pour préserver des conditions de vie stables. L’acidification des océans en fait partie.
Pour la mesurer, les scientifiques utilisent un indicateur précis : l’état de saturation de l’eau de surface en aragonite, une forme de calcaire que de nombreux organismes marins utilisent. Plus cet indicateur est élevé, plus l’eau est favorable à la construction des coquilles et des squelettes.
Une limite désormais franchie
Dans son état des lieux publié en 2023, le SDES estimait cet indicateur à 84 % de son niveau préindustriel en 2015, soit au-dessus du seuil de 80 %⁴. Depuis, le diagnostic a basculé : le rapport “Planetary Health Check”, publié le 24 septembre 2025 par l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (PIK), conclut que l’acidification des océans a atteint un seuil critique. C’est la septième des neuf limites planétaires à être dépassée⁵.
Le saviez-vous ?
dépasser une limite planétaire ne signifie pas que l’océan est devenu corrosif partout. La limite planétaire est un seuil d’alerte, placé bien avant ce point de rupture.
Acidification des océans : que disent les projections pour 2100 ?
Le projet ACIDOSCOPE, porté par l’ENS et présenté dans une fiche de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité à partir des scénarios du 6e rapport du GIEC chiffre la baisse du pH de l’eau de surface à 0,16 unité en 2100 dans le scénario le moins émetteur, contre 0,44 dans le plus émetteur, par rapport à l’ère préindustrielle⁵.
Traduit en acidité grâce à l’échelle logarithmique, cela donne :
Situation | Baisse de pH vs préindustriel | pH de surface estimé | Hausse d’acidité vs préindustriel* |
Aujourd’hui | environ 0,1 | environ 8,1 | +26 à 30 % |
2100, scénarios d’émissions le moins émetteur | 0,16 | environ 8,04 | environ +45 % |
2100, scénario le plus émetteur | 0,44 | environ 7,76 | environ +175 % |
*Calcul réalisé à partir des valeurs de pH issues d’ACIDOSCOPE⁵.
Selon que nous réduisons nos émissions ou non, l’acidité de fin de siècle varie presque du simple au double !
C’est l’une des leçons du travail des scientifiques du climat, que nous avons résumée dans notre article sur ce qu’il faut retenir du rapport du GIEC.
Le lien avec votre énergie : d’où vient tout ce CO2 ?
Le dioxyde de carbone (CO2) qui acidifie l’océan n’est pas tombé du ciel. Il vient en grande partie de la combustion d’énergies fossiles (combustibles fossiles). Or, quand on brûle du gaz, du fioul, du charbon ou de l’essence, on libère du carbone stocké dans le sous-sol depuis des millions d’années. Ce carbone part dans l’atmosphère sous forme de CO2, et l’océan en absorbe entre 20 et 30 %¹. Autrement dit, une partie de ce que brûle votre chaudière finit, tôt ou tard, dans l’eau de mer !
La bonne nouvelle, c’est que toutes les énergies n’émettent pas autant de CO2. Comparer les deux principales utilisées dans nos logements, le gaz et l’électricité, permet de s’en rendre compte.
Gaz et électricité : deux émetteurs très différents
Le kilowattheure (kWh) est l’unité qui apparaît sur vos factures : elle mesure l’énergie consommée. La réglementation (celle du diagnostic de performance énergétique) associe à chaque énergie un facteur d’émission, exprimé en grammes de CO2 équivalent par kWh (g CO2e). Plus ce chiffre est bas, moins la consommation pèse sur le climat.
Énergie | Émissions (g CO2e par kWh) | Pour 10 000 kWh par an |
|---|---|---|
Gaz naturel | 227 | environ 2,27 t CO2e |
Électricité (chauffage) | 79 | environ 0,79 t CO2e |
Concrètement, un logement qui consomme 10 000 kWh par an émet près de trois fois moins avec l’électricité du mix moyen qu’avec du gaz. L’explication tient à la façon dont chaque énergie est produite : en France, l’électricité vient essentiellement de sources qui émettent peu de CO2 (nucléaire, hydraulique, éolien, solaire), alors que le gaz émet du CO2 à chaque fois qu’on le brûle dans la chaudière.
Pourquoi le chauffage est le premier levier
Dans un logement, le chauffage représente environ 70% de la consommation d’énergie⁷. C’est donc là que se joue l’essentiel de l’impact : un logement mal isolé ou chauffé avec une vieille chaudière fossile émet beaucoup plus de CO2 que nécessaire, un CO2 dont l’océan absorbera une part non négligeable.
Que faire à votre échelle pour limiter l’acidification des océans ?
L’acidification des océans a une cause principale : le CO2. Tout ce qui réduit nos émissions diminue donc, à sa façon, la pression sur l’eau de mer. Et votre logement est un excellent terrain d’action !
Commencer par consommer moins
Le kWh le plus propre reste celui qu’on n’utilise pas. Chaque kWh évité, c’est du CO2 en moins dans l’atmosphère, donc en moins dans l’océan.
- Mieux isoler : un logement qui garde sa chaleur demande moins d’énergie pour être chauffé.
- Réguler le chauffage : baisser la température de 1 °C réduit d’environ 7 % la consommation de chauffage⁷.
- Éteindre les veilles et choisir des appareils sobres.
Revoir son mode de chauffage
Si vous dépendez d’une chaudière fossile ancienne (fioul ou gaz), c’est le changement qui a le plus d’effet. Pompe à chaleur, réseau de chaleur : les solutions dépendent de votre logement, mais elles émettent en général beaucoup moins de CO2.
Mesurer avant d’agir
Pour savoir où vous en êtes, commencez par mesurer : notre guide pour maîtriser votre score carbone vous aide à mettre des chiffres sur vos habitudes.
Choisir une énergie d’origine renouvelable
Reste la question de la source d’énergie. L’énergie verte est issue de ressources renouvelables comme le soleil, le vent ou l’eau, plutôt que de gisements fossiles.
C’est le principe de notre offre de gaz et d’électricité verts : orienter votre consommation vers une production plus propre, sans changer vos équipements ni vos habitudes.
Le saviez-vous ?
l’énergie verte ne circule pas dans un tuyau à part, le réseau mélange toutes les sources. Côté électricité, une offre verte repose sur un mécanisme de traçabilité appelé garanties d’origine : ces certificats attestent qu’une quantité d’électricité renouvelable équivalente à votre consommation a bien été produite et injectée sur le réseau. C’est ce que propose Ohm Énergie. Côté gaz, le gaz 100 % vert n’existe pas encore à l’échelle de tous les foyers, mais l’offre Classique d’Ohm Énergie intègre 10 % de biogaz.
L’acidification des océans a pour cause principale le CO2 : ce sur quoi nous avons prise. Isoler, réguler, repenser son chauffage, choisir une énergie d’origine renouvelable sont ainsi autant de leviers concrets, que l’on peut actionner un à un, à son rythme.
Sources
- CNRS, Jean-Pierre Gattuso (Laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer), “L’acidification des océans”. https://www.oceano.org/wp-content/uploads/2020/02/37.Acidification_Gattuso.pdf
- GIEC, Rapport spécial sur l’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique (SROCC), Résumé à l’intention des décideurs, 2019 (version française). https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/3/2020/07/SROCC_SPM_fr.pdf
- Agence européenne pour l’environnement (AEE), Climate-ADAPT, indicateur “Acidification des océans” (version française). https://climate-adapt.eea.europa.eu/fr/metadata/indicators/ocean-acidification
- SDES (Commissariat général au développement durable), “La France face aux neuf limites planétaires”, chapitre “Acidification des océans”, 2023. https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/la-france-face-aux-neuf-limites-planetaires/9-acidification-des-oceans
- Conseil économique, social et environnemental (CESE), saisine “Les limites planétaires” (NS254510), décision du Bureau du 4 novembre 2025, citant le rapport “Planetary Health Check” du PIK, 24 septembre 2025. https://www.lecese.fr/sites/default/files/saisines/pdf/NS254510_Limites%20plan%C3%A9taires.pdf
- Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), fiche résultat du projet ACIDOSCOPE, 2022. https://www.fondationbiodiversite.fr/wp-content/uploads/2022/10/FRB-Fiche-Resultat-ACIDOSCOPE_VF.pdf
- ADEME, Base Empreinte, documentation “Gaz”. https://prod-basecarbonesolo.ademe-dri.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/gaz.htm
- Arrêté du 31 mars 2021 modifiant diverses dispositions relatives au diagnostic de performance énergétique (facteurs d’émission) ; confirmé par la réponse du ministère de la Transition écologique à la question écrite n° 3287, Assemblée nationale, JO du 28 mars 2023. https://questions.assemblee-nationale.fr/dyn/16/questions/QANR5L16QE3287.pdf
- SDES, “Tableau de suivi de la rénovation énergétique dans le secteur résidentiel”. https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/tableau-de-suivi-de-la-renovation-energetique-dans-le-secteur-residentiel
- Ministère de la Transition écologique, Plan de sobriété énergétique, fiche chauffage (Fiche-Plan-sobriété-VDEF.pdf). https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Fiche-Plan-sobriété-VDEF.pdf
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