Bilan carbone de la Coupe du Monde : décryptage d'un impact colossal sur le climat
Tous les quatre ans, la planète foot retient son souffle. Et la planète tout court aussi, mais pour de moins bonnes raisons. La Coupe du Monde est l’événement sportif le plus regardé au monde… et l’un des plus polluants. Alors que l’édition 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique se profile à l’horizon avec des ambitions XXL (48 équipes, 16 stades, des distances à faire pâlir un GPS), c’est le bon moment de se pencher sérieusement sur son bilan carbone. Chiffres officiels, estimations indépendantes, étude alarmante sur 2026 : on passe tout ça en revue. Et on vous parle aussi de comment faire mieux. Parce que chez Ohm Énergie, c’est dans notre ADN ! 🧬
- Sarah Nedjar
- Publié le
- Mise à jour le 28/05/2026
Sommaire
À retenir
La Coupe du Monde 2022 au Qatar aurait émis entre 3,6 et 18 millions de tonnes de CO2e selon les sources, avec de fortes critiques sur la sous-estimation des émissions liées à la construction, à l’aviation et à la diffusion télévisée.
Selon une étude publiée en 2025, la Coupe du Monde 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique pourrait devenir l’événement sportif le plus polluant de l’histoire avec 9,02 Mt CO2e, principalement à cause du transport aérien.
L’article propose plusieurs pistes pour réduire l’impact climatique du tournoi, comme éviter l’avion, privilégier les transports en commun et encourager des fan zones locales.
Qatar 2022 : le Mondial des superlatifs
Sur le terrain, le Qatar 2022 a tenu toutes ses promesses. L’Argentine a décroché son troisième titre dans une finale épique face à la France¹ et Mbappé a inscrit un triplé en finale à 123,34 km/h¹ (vitesse de la balle).
Bref, du grand spectacle ! ⚽
Côté chiffres d’organisation, la FIFA affiche fièrement :
- plus de 3,4 millions de spectateurs dans les stades, avec un taux de remplissage moyen de 96,3%¹.
- Plus d’un million de visiteurs étrangers ont fait le déplacement dans le pays hôte¹. Les réseaux de transport urbain de Doha ont enregistré 9,19 millions de trajets en transports en commun pendant la seule phase de groupes, transportant en moyenne 707 032 passagers par jour¹.
- Et selon les premières estimations, pas moins de 5 milliards de personnes auraient interagi avec l’événement, toutes plateformes confondues¹.
Le saviez-vous ?
5 milliards de personnes touchées par la Coupe du Monde 2022, c’est quasiment les deux tiers de l’humanité. 🤯
Bref, a priori, un sans-faute sur le papier glacé de la FIFA. Mais derrière ce tableau idyllique se cache un autre score, nettement moins flatteur.
"Neutre en carbone" : vraiment ?
C’est la promesse qui a fait tousser plus d’un expert climatique.
Le Qatar 2022 devait être la première Coupe du Monde « neutre en carbone » de l’histoire.
Spoiler : ce n’était pas le cas 😅, et Greenpeace le dit sans détour : « Les affirmations du Qatar et de la FIFA concernant la neutralité carbone semblent trompeuses et peuvent être considérées comme du greenwashing.« ²
Selon le rapport officiel de la FIFA, le Mondial aurait émis environ 3,6 millions de tonnes de CO2 équivalent (Mt CO2e)³.
La répartition des émissions de CO2 annoncée par les organisateurs :
- 23 % pour la construction,
- 52 % pour les transports,
- et… seulement 0,5 % pour la diffusion télévisée³.
Ce dernier chiffre est ce que Greenly, entreprise spécialisée dans la comptabilité carbone, qualifie probablement de la plus grande sous-estimation de l’exercice³.
Car les organisations indépendantes ne voient pas du tout les mêmes chiffres. Greenly estime l’empreinte réelle à environ 6 millions de tonnes de CO2³, soit 67 % de plus que le chiffre officiel.
Et l’ONG Carbon Market Watch, citée tant par Greenpeace que par Greenly, avance même que les émissions réelles pourraient atteindre 18 millions de tonnes, soit cinq fois le chiffre communiqué²³ !
La raison principale : l’empreinte liée à la construction des infrastructures aurait été sous-estimée d’un facteur 8².
Le vrai score : qui dit quoi ?
Source | Estimation CO2e | Ce qui est inclus |
FIFA (officiel)¹ | 3,6 Mt CO2e | Construction partielle, transports, diffusion (0,5%) |
Greenly (estimation)³ | ~6 Mt CO2e | Construction réelle, transports, diffusion TV recalculée |
Carbon Market Watch²³ | ~18 Mt CO2e | Hypothèse haute incluant toutes les infrastructures annexes |
Quant aux compensations carbone promises pour atteindre la « neutralité », elles n’ont guère convaincu : les projets mis en avant étaient validés par le Global Carbon Council, une structure non indépendante et non reconnue à l’international, dont les critères ne répondent pas aux standards de vérification habituels comme Verra ou Gold Standard³.
Bref, carton rouge ❌
Les angles morts du bilan officiel : avions, béton et climatisation à ciel ouvert
Pour comprendre pourquoi les chiffres divergent autant, il faut regarder ce que le calcul officiel a tendance à mettre au fond du vestiaire. 👀
L'aberration climatique des stades climatisés sous le ciel du désert
Pour accueillir une Coupe du Monde dans un pays désertique où les températures dépassent 45°C en été, le Qatar a fait un choix audacieux : construire des stades à ciel ouvert… équipés de climatisation².
Or, la climatisation alimente directement le réchauffement climatique, notamment via les fluides frigorigènes dont le potentiel de réchauffement global est particulièrement élevé². Pour rafraîchir des supporters dans un stade grand ouvert, on aggrave donc le problème qu’on est censé résoudre. Le cercle vicieux dans toute sa splendeur…🐍
Par ailleurs, sur les 8 stades mobilisés pour la compétition, un seul existait avant l’attribution du Mondial³. Selon la FIFA, chaque stade permanent aurait généré environ 200 000 tonnes de CO2 lors de sa construction. Greenly estime que la réalité dépasse ce chiffre d’un facteur 8³. Pour se faire une idée de ce que représente l’énergie d’un stade au quotidien, la consommation électrique du stade de France donne déjà le vertige, et ce même hors compétition mondiale.
Et les nouvelles infrastructures connexes ? Quasi absentes des calculs officiels : plus de 40 hôtels construits (dont 10 de luxe), un méga-centre commercial de 600 boutiques, de nombreuses nouvelles routes… Or le secteur de la construction représentait à lui seul 6 % de l’empreinte carbone mondiale en 2014³.
Le saviez-vous ?
Greenly estime l’empreinte carbone individuelle par supporter à au moins 5 tonnes de CO2e³. L’empreinte carbone annuelle moyenne d’un Français tourne autour de 9 à 10 tonnes. Faire le déplacement au Qatar pour quelques matchs de Coupe du Monde, c’était donc déjà consommer la moitié de son budget carbone annuel, en un seul voyage. ☹️
Des avions toutes les dix minutes
L’autre angle mort, c’est l’aviation. ✈️
Le Qatar étant un petit pays avec une capacité hôtelière insuffisante pour accueillir plus d’un million de fans, Qatar Airways avait mis en place des « vols navettes de jour de match » : les supporters des pays voisins arrivaient le matin et repartaient le soir².
Greenly a calculé que 160 vols aller-retour quotidiens entre Doha et Dubaï représentaient à eux seuls entre 3 740 et 4 980 tonnes de CO2e supplémentaires³.
Au total, le seul transport aérien des 1,2 million de supporters attendus aurait généré environ 2,4 millions de tonnes de CO2³ !
Et il faut y ajouter la diffusion télévisée, souvent sous-estimée à tort : avec 3,2 milliards de téléspectateurs¹, Greenly estime que regarder les matchs à la maison a ajouté entre 1 et 2 millions de tonnes de CO2e supplémentaires, en se basant sur une consommation moyenne d’un téléviseur LCD de 0,1 kWh par heure de visionnage et une intensité carbone mondiale de 475 gCO2e/kWh³.
2026 : en route vers le pire Mondial climatique de l'histoire ?
Si le Qatar 2022 était déjà un mauvais élève, ce qui se profile pour 2026 risque de pulvériser tous les records.
Selon une étude publiée en juillet 2025 par le New Weather Institute, en partenariat avec Scientists for Global Responsibility et l’Environmental Defense Fund, la Coupe du Monde 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique sera vraisemblablement l’événement sportif le plus polluant de l’histoire⁴. Rien que ça …
L’estimation : 9,02 millions de tonnes de CO2e⁴, soit quasiment le double de la moyenne des quatre éditions précédentes (2010-2022), estimée à 4,71 Mt CO2e⁴. Une hausse de 92% en un seul cycle⁴ !
Pour mettre ça en perspective : c’est l’équivalent de 6,44 millions de voitures britanniques roulant toute une année⁴.
Les émissions futures des Coupes du Monde : un tableau qui donne le vertige
Édition | Transport aérien | Construction stades | Autres sources | Total estimé | Évolution |
Moyenne 2010-2022 | 1,82 Mt | 1,89 Mt | 1,00 Mt | 4,71 Mt CO2e | Référence |
2026 (USA/Canada/Mexique) | 7,72 Mt | 0 Mt | 1,30 Mt | 9,02 Mt CO2e | +92% |
2030 (Espagne/Portugal/Maroc) | 4,78 Mt | 0,27 Mt | 1,04 Mt | 6,09 Mt CO2e | +29% |
2034 (Arabie Saoudite) | 4,75 Mt | 2,97 Mt | 0,83 Mt | 8,55 Mt CO2e | +82% |
Source : New Weather Institute, « FIFA’s Climate Blind Spot », juillet 2025⁴
Le principal coupable de cette explosion pour 2026 ? L’avion, et de loin (encore lui). Les émissions liées au transport aérien des supporters atteindraient 7,72 Mt CO2e, soit plus de quatre fois la moyenne habituelle⁴.
La cause est surtout géographique : avec des matchs répartis sur 16 stades dans trois pays couvrant quatre fuseaux horaires (de Vancouver à Miami, de Guadalajara à Toronto), et en l’absence quasi totale de réseau ferroviaire à grande vitesse entre les villes hôtes, l’avion est le mode de déplacement par défaut pour les équipes, les officiels et les millions de fans⁴.
Par ailleurs, l’extension du tournoi de 32 à 48 équipes, qui passe le nombre de matchs de 64 à 104, aggrave encore le phénomène⁴. Et si les estimations « hautes » sont retenues (prenant en compte les effets de réchauffement non-CO2 des émissions aériennes en haute altitude, qui tripleraient leur impact selon de récentes recherches académiques), le total pourrait grimper jusqu’à 15 millions de tonnes de CO2e pour 2026 seul⁴.
Le saviez-vous ?
Le partenariat de la FIFA avec Aramco, la compagnie pétrolière d’État saoudienne et le plus grand émetteur de CO2 de la planète, pourrait à lui seul induire près de 30 millions de tonnes de CO2e supplémentaires via l’effet publicitaire du sponsoring⁴. C’est trois fois plus que les émissions directes de tout le tournoi. La FIFA s’associe donc au pompier pyromane par excellence. 🔥
Quant au plan climatique de la FIFA, lancé en grande pompe à la COP26 en 2021 avec la promesse de réduire ses émissions de 50% d’ici 2030 : sur 18 actions annoncées, seulement 2 ont été réalisées, 2 ont connu des progrès limités, et 14 n’ont montré aucun progrès visible⁴. Taux de réalisation : 11%⁴.
On a vu des milieux de terrain plus efficaces ! ⚽
Ohm Énergie et l'AS Saint-Étienne : les Verts ont toujours eu un temps d'avance
Chez Ohm Énergie, notre crédo, c’est de jouer dans le camp de la planète.
C’est même la raison d’être de notre activité : en tant que fournisseur d’électricité verte, nous proposons des offres d’électricité verte, issues de sources renouvelables françaises, pour permettre à chacun de réduire son empreinte carbone au quotidien sans renoncer au confort.
Et pour incarner ces valeurs sur le terrain, Ohm Énergie a choisi de s’associer à l’AS Saint-Étienne. Un partenariat qui va bien au-delà du logo sur le maillot : il s’agit de montrer que sport et écologie peuvent avancer main dans la main !
Vous voulez faire partie de l’équipe ? 🟢
Nos conseils pour vivre la Coupe du Monde 2026 de façon écologique
Juin 2026 approche à grands pas.
Voici comment profiter pleinement du football sans mettre la planète hors-jeu et en limitant votre score carbone. 😉
- Restez dans votre pays (ou au moins dans votre continent) : le geste le plus efficace, de loin, c’est de ne pas prendre l’avion. Regarder les matchs depuis votre canapé, votre bar préféré ou organiser un apéro-foot chez des amis permet d’éviter plusieurs tonnes de CO2 d’un coup. Et en France, on sait organiser une soirée foot, non ? 🍻
- Si vous traversez l’Atlantique, bougez sur place en train. Si vous faites vraiment le déplacement, misez sur des villes hôtes proches entre elles et déplacez-vous en bus ou en train. Privilegier Boston, New York et Philadelphie, par exemple, c’est déjà choisir des villes accessibles sans prendre l’avion entre elles.
- Participez aux fan zones locales. Le rapport recommande explicitement que la FIFA développe des fan zones dans les pays d’origine pour réduire les voyages⁴. De plus en plus de villes organisent des retransmissions publiques en plein air : c’est festif, gratuit, et l’empreinte carbone est quasi nulle !
- Interpellez la FIFA. Un taux de réalisation de 11% sur son plan climatique⁴, ça mérite qu’on hausse la voix. Signez des pétitions, partagez des contenus, demandez des comptes. Les supporters ont un pouvoir réel sur les décisions des instances sportives.
La Coupe du Monde a le pouvoir d’unir le monde entier. Il serait beau qu’elle serve aussi à montrer le chemin vers un futur plus sobre. Le ballon est dans le camp de la FIFA. Et aussi, un peu, dans le nôtre 💚
Sources
- ¹ FIFA, Rapport Annuel 2022, « La Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™ en chiffres », publications.fifa.com
- ² Greenpeace France, « Coupe du monde au Qatar : écologique, vraiment ? », novembre 2022, greenpeace.fr
- ³ Greenly, « The Carbon Footprint of the Football World Cup 2022 in Qatar », greenly.earth
- ⁴ New Weather Institute / Scientists for Global Responsibility / Environmental Defense Fund, « FIFA’s Climate Blind Spot: the men’s world cup in a warming world », juillet 2025, newweather.org
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